1. L’autre Brésil
    Reporter, portraitiste, photographe sur les plateaux de cinéma, David Helman réalise depuis plusieurs années un travail documentaire sur le Brésil. Né à Paris, il a débuté sa carrière à São Paulo où il conserve de fortes attaches familiales. La mégalopole est l’un de ses territoires d’investigation, et, au-delà, d’autres régions à l’intérieur de ce pays vaste comme un continent.
    Géographe de formation, David Helman se documente longuement sur ses sujets, compose avec soin ses images sans pour autant les mettre en scène. Il ne fait jamais de la rencontre avec l’Autre des instantanés pris à la volée.
    Qui sont ses modèles ? À Rio de Janeiro, ce sont des jeunes gens des favelas qui surfent les vagues de l’Atlantique pour échapper à leur condition sociale. Dans lʼétat du Maranhao, on découvre avec stupeur les esclaves de notre temps, enchaînés à des propriétaires terriens qui les exploitent dans les mines de charbon, les champs de café ou de coton.
    À Prestes Maia, l’un des plus grands squats d’Amérique latine, les habitants surmontent la désillusion quotidienne par des installations de fortune, telle une bibliothèque – cette île aux trésors de papier. À Barretos, le photographe nous plonge dans la grand-messe du bull rider – le rodéo sud-américain –, lieu de « pélerinage » de tous les cow-boys qui viennent y décrocher les étoiles de la fortune et d’un avenir meilleur.
  2. Sans se réclamer de la tradition humaniste, David Helman nous dit qu’en tout endroit – fût-il le plus inhospitalier – la vie s’impose à celui qui veut bien s’y frotter, sans jugement prêt à l’emploi, avec bienveillance et empathie. Le Brésil, dans sa détresse réelle, est une terre où l’espoir et la foi sont enracinés. Cette espérance a d’ailleurs son écho dans la couleur des images.
    David Helman est un plasticien donnant parfois à la réalité la plus brute les accents d’un tableau contemporain.
    Il a trouvé dans le peuple brésilien une force et une dignité, une voie pour interroger l’histoire et la vérité. Dans ce pays âpre et solaire, les écarts entre les individus créent des abysses dont on s’étonne qu’ils persistent malgré les révolutions et les progrès qu’elles engendrent. Là est toute la fascinante complexité du genre humain.
    Texte de Benoît Hermet